En répèt’ avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège : « Le personnage de Louis de Funès dans La Grande Vadrouille nous a fait beaucoup de tort »

Il y a de la magie dans l’air. Dès que l’on pénètre dans les majestueux couloirs de l’OPRL, au centre du boulevard Piercot, on arrive dans un lieu où le temps est suspendu. Le charme opère d’autant plus vite qu’au fil de notre visite, on ira de surprise en surprise.

Les 92 musiciens de l’orchestre liégeois sont réunis pour préparer le spectacle prévu le surlendemain, un hommage au compositeur italien Ennio Morricone. Trente minutes avant la répétition,  ils sont disséminés un peu partout dans le bâtiment. Certains discutent déjà tranquillement sur la scène, d’autres se pressent dans les coulisses et d’autres encore s’échauffent calmement dans leur coin. Un violoncelle au balcon, une clarinette dans le foyer…. Chacun se prépare à sa manière, avant que ne débute le travail proprement dit.

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Le chef d’orchestre Christian Arming fait une entrée discrète, avec une aura naturelle qui le place directement au-dessus de la mêlée. Souriant, dynamique, il s’adresse à ses troupes dans un curieux mélange de français, d’anglais, d’allemand et d’italien. On a parfois du mal à le comprendre. On se demande comment font les musiciens.

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Un chef qui bouge tout le temps
 
Du début à la fin de la répétition, le chef autrichien est constamment en mouvement, n’hésitant pas à se rendre dans la salle pour vérifier si l’œuvre sonne bien du côté du public. Elle est loin, l’image du directeur tyrannique que l’on se faisait en arrivant. « Le personnage de Louis de Funès dans La Grande Vadrouille nous a fait beaucoup de tort », plaisante celui qui mettra un terme à son mandat à la fin de la saison. « Ce genre de chef existait encore il y a quarante ou cinquante ans, mais il n’y en a fort heureusement plus du tout aujourd’hui. La raison est toute simple : en 2018, aucun musicien n’accepterait de se faire maltraiter comme ça. Ce sont tous des professionnels accomplis, avec un talent énorme et une longue formation derrière eux. Je ne suis pas là pour leur apprendre quoi que ce soit, je dois seulement les faire jouer tous ensemble. »

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L’ambiance de travail est relax, les percussionnistes se marrent entre eux
 
Depuis le balcon, on est en effet surpris de voir à quel point l’ensemble a déjà fière allure. Si le chef interrompt régulièrement son orchestre, c’est davantage pour donner de petites indications de tempo que pour corriger des fausses notes. Renseignement pris, tous les musiciens reçoivent leur partition un mois à l’avance. A charge pour eux de la maîtriser parfaitement avant la première répétition. Visiblement, chacun a fait sa part du boulot.

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Les morceaux s’enchaînent, majestueux, tandis que certains membres de l’orchestre se montrent plus décontractés que d’autres. Les percussionnistes se marrent entre eux, un joueur de trombone dégaine son smartphone.  « Quand on joue des musiques de film comme aujourd’hui, l’atmosphère de travail est plus détendue », tempère Christian Arming. « C’est un répertoire assez facile à maîtriser pour un musicien professionnel. Lorsqu’on travaille sur du Beethoven ou du Bartók, par contre, je peux vous assurer qu’on sue à grosses gouttes ! Je n’ai aucun problème à voir les musiciens s’amuser entre eux pendant les répétitions, bien au contraire. L’essentiel, c’est qu’ils soient prêts pour le concert. »

La répétition s’achève à 18h30 précises, après 2h30 pile de travail entrecoupé d’une pause de 20 minutes chrono. La discipline et la maîtrise du rythme, comme une déformation professionnelle.
 
G.S.

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Dans les coulisses de l’OPRL, une bibliothèque pas comme les autres
 
Un travail de fourmi, loin du glamour de la scène et des grandes envolées. Dans les couloirs de l’OPRL, Anne-France Massaut nous ouvre les portes de sa bibliothèque musicale, un lieu insoupçonné et pourtant indispensable au bon fonctionnement de l’orchestre. Ici, deux personnes travaillent chaque jour pour réunir toutes les partitions nécessaires à l’interprétation des concerts. Une partition d’orchestre pour le chef, un impressionnant document reprenant toutes les notes jouées par tous les musiciens de l’ensemble, plus une partition différente pour chacun d’entre eux. « Chaque dossier que vous pouvez voir représente une œuvre », explique cette dame à la fois humble et élégante. « Certaines sont achetées à titre définitif par l’OPRL, d’autres sont louées pour quelques semaines. Il arrive que nous devions les corriger, car elles renseignent parfois un dièse erroné ou une faute de copie par rapport au manuscrit original. Ces petites annotations sont ensuite partagées entre tous les orchestres européens, pour éviter que chacun ne doive fournir le même travail. »

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Des chiffres qui donnent le tournis

L’OPRL, c’est avant tout un monde d’émotions musicales. C’est aussi une somme de chiffres qui impressionnent ou qui prêtent à sourire. De l’année de création de l’orchestre aux nombre de fans sur Facebook, voici quelques statistiques essentielles ou purement anecdotiques sur l’institution liégeoise.

  • L’orchestre a été fondé en 1960 par Fernand Quinet, alors directeur du Conservatoire de Liège.
  • Il est composé de 92 musiciens originaires de 16 pays et jouant de 20 instruments différents.
  • 8 directeurs musicaux se sont succédé à sa tête, dont le dernier Christian Arming est en poste depuis 2011. Ce dernier quittera ses fonctions à la fin de la saison et sera remplacé par le Hongrois Gergely Madaras.
  • Agé de 33 ans, il deviendra le plus jeune directeur musical de l’OPRL depuis sa création.
  • Chaque saison, une dizaine de chefs invités viennent diriger l’OPRL.
  • La Salle Philharmonique peut accueillir 1129 spectateurs.
  • Depuis 2010, l’orchestre a enregistré 28 nouveaux disques.
  • Entre 120 et 150 concerts sont proposés tous les ans, dont environ la moitié en concerts pédagogiques à l’attention des enfants.
  • 12 musiciens de l’orchestre sont aussi professeurs au Conservatoire de Liège.
  • En fonction de l’œuvre, une partition de chef peut compter entre 80 et 300 pages.
  • L’orgue de la Salle Philarmonique comprend 3676 tuyaux répartis en 55 jeux. Plus de la moitié d’entre eux date encore de 1888, année de construction de la salle.
  • En 2017-2018, les concerts ont attiré 77 903 spectateurs.
  • 10 733 personnes suivent l’OPRL sur Facebook.

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Qui ? Quand ? Où ?
  • L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège est installé boulevard Piercot, 25-27 à 4000 Liège.
  • Le programme complet des concerts est disponible sur le site internet www.oprl.be et sur la page Facebook www.facebook.com/orchestreliege.
  • Sa billetterie est accessible du lundi au vendredi de 13h à18h et une heure avant le début de chaque concert. Elle est également joignable par téléphone au 04 220 00 00.
  • La billetterie en ligne (www.oprl.be) permet de réserver ses places pour tous les concerts, 7j/7 et 24h/24.

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Photos : Thomas Van Ass

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